S’il n’avait pas un jour décidé de se réaliser dans l’univers de la moto, Johann Zarco aurait pu faire parler son adresse ailleurs : « Il était vraiment doué pour tout un tas de sports, confie son père Yvon, chiropracteur de formation. Gamin, il adorait par-dessus tout jouer dans la nature, grimper aux arbres... Bon élève à l’école, c’était un excellent nageur. Il était aussi très adroit avec les raquettes. A l’époque nous avions un court de tennis à la maison, il y passait des heures. Et au ping-pong, c’était aussi un sacré client. »
son pEre
La voie
Premier vainqueur de la Red Bull Rookies Cup, double champion du monde Moto2, Johann Zarco porte cette saison les couleurs de l’équipe officielle Red Bull KTM en MotoGP. Retour en cinq témoignages sur le parcours singulier du pilote français le plus titré de l’histoire des Grands Prix.
Yvon Zarco
Né à Cannes au cœur de l’été 1990, Johann Zarco a préféré se lancer dans la compétition moto après y avoir goûté par hasard : « Un jour que nous nous promenions du côté d’Antibes, il a eu l’occasion d’essayer un petit PW Yamaha, raconte Yvon Zarco.
Johann devait avoir une dizaine d’années, ça a été pour lui une révélation. Quand j’ai dit au gars qui louait ces petites motos qu’il n’en avait jamais fait, il a eu du mal à me croire. Il m’a conseillé de l’inscrire au Moto Club de Cagnes. Voilà comment tout a commencé... »
Malgré sa totale ignorance en mécanique et en pilotage, il n’hésite pas à investir pour permettre à son fils de foncer vers son destin : « La natation m’aurait coûté moins cher, s’amuse Yvon. Avec lui, j’ai quand même appris à mettre de l’huile dans un moteur, à retendre une chaîne... » C’est ainsi que Johann et son père vont passer la plupart de leurs week-ends à écumer les circuits de karts de la région, entre entraînements et compétitions. Jusqu’à ce que la famille Zarco croise la route de Laurent Fellon du côté d’Eyguières. Johann avait alors treize ans...
son premier coach
Laurent Fellon
Ancien pilote en championnat de France Promosport, Laurent Fellon s’est surtout fait connaître dans les années 80 et 90 en préparant les motos de pilotes tels que Max Chabal, David Muscat, Thierry Ciffreo ou encore Alain Bronec. En 2003, quand il rencontre pour la première fois Johann Zarco, l’Avignonnais travaille au service compétition Polini. « Son père m’a demandé conseil, se souvient-il. Je lui ai dit d’aller rouler en Italie pour se frotter aux meilleurs pilotes du “Pocket Bike” et voir s’il avait vraiment le niveau pour espérer aller plus loin. Ils m’ont fait confiance, c’est comme ça que l’aventure a commencé. J’ai tout de suite vu que Johann était un pilote doué. Mais surtout, j’ai compris qu’il était travailleur et qu’il avait envie de réussir. »
Sous la houlette de celui qui va devenir son coach, mais aussi son agent et manager, Johann Zarco récite ses gammes et affûte sa science de la course. Jusqu’à que sa candidature pour la Red Bull Rookies Cup lancée en 2007 soit acceptée. Très vite en tête de la compétition, le jeune pilote tricolore va alors décider de quitter sa famille pour partir s’installer en Avignon, chez Laurent Fellon. Il y vivra plus de sept ans. « Un jour, peu avant l’examen du baccalauréat, il est parti là-bas tout seul sur son scooter, se souvient Yvon Zarco. Ce fut très dur pour nous. »
Entre Johann et Laurent va se tisser une relation fusionnelle. « Je buvais ses paroles, se souvient celui qui va alors devenir le premier vainqueur de la Red Bull Rookies Cup. Sans lui, je n’aurais jamais été le pilote que je suis devenu. Chez lui, il n’y avait que la moto qui comptait. J’étais fasciné, j’ai compris qu’il pouvait m’aider. Je lui ai tout de suite fait confiance. » Et Fellon d’ajouter : « Ma femme et mon fils l’ont tout de suite adopté et ils ont été très contents de pouvoir l’aider. Mon but était de lui permettre d’éviter les écueils, de ne pas faire les erreurs que j’avais pu faire quand j’étais plus jeune. » Avec deux titres de champion du monde Moto2 en guise de tableau de chasse, le travail du tandem n’aura pas été vain.
son TEAM MANAGER AJOMOTORSPORT
Aki Ajo
Johann Zarco doit une part importante de ses succès en Grands Prix à Aki Ajo. C’est avec le team manager finlandais que le pilote français a décroché son premier podium et sa première victoire en 2011, et c’est encore avec lui qu’il a obtenu ses deux titres de champion du monde Moto2 en 2015 et 2016. Quand il débarque à 20 ans dans l’équipe Ajo Motorsport, l’ex-vainqueur de la Red Bull Rookies Cup joue son va-tout après trois saisons d’errance. Laurent Fellon hypothèque même sa maison pour payer le ticket d’entrée à son poulain. Le jeu en vaudra la chandelle. D’emblée les résultats sont là, Johann jouant même jusqu’au bout le titre de champion du monde 125 avec Nicolas Terol.
« C’est l’un des pilotes les plus travailleurs que je connaisse", témoigne Aki Ajo. Quand il est arrivé chez nous, Laurent et lui formaient un drôle de tandem. Il n’y avait la place que pour un travail hyper méthodique et rigoureux. Une discipline que peu de pilotes auraient pu à mon sens supporter. Johann était très renfermé. Comme Laurent, il n’accordait sa confiance à personne. » Avec le temps, les relations ont évolué entre le Français et le Finlandais. Vice-champion du monde 125 en 2011, Zarco passe l’année suivante en Moto2 avec le team JiR. Meilleur débutant, il débarque en 2013 chez Ioda Racing où il décroche son premier podium. Nouveau changement en 2014 avec l’équipe Air Asia Caterham. Sans grand succès. Il lui attendre son retour auprès d’Aki Ajo pour crever enfin l’écran. « Quand j’ai décidé de monter une structure en Moto2, Johann a été mon premier choix, raconte le team manager finlandais. Je n’avais pas de budget, mais Johann et Laurent m’ont donné leur accord d’une simple poignée de main. »
Dès la première course de la saison 2015, Zarco est en passe de s’imposer quand un problème technique le fait dégringoler dans le classement. Ce n’est que partie remise. Il s’impose dans la foulée en Argentine. Trois autres victoires suivront avec un titre de champion du monde à la clef. Alors qu’on lui propose un guidon pour passer en MotoGP, Johann préfère rempiler une saison de
plus en Moto2 pour remettre en jeu sa couronne. Personne ne parviendra à
la lui prendre.
Lors de ces deux inoubliables saisons, le Français va tisser des liens forts avec Aki Ajo. « Nous sommes devenus amis, confie ce dernier. Et nous le sommes toujours aujourd’hui. On se parle pratiquement tous les jours, j’essaie de l’aider, de lui donner des conseils... Quand il est revenu chez nous en 2015, la glace a fondu, nous avons tout de suite trouvé le bon chemin pour travailler ensemble. J’ai vu Johann grandir au fil de toutes ces années. Avec l’expérience, il a fait évoluer sa méthode en devenant adulte et mature. En 2011, il était toujours en guerre avec tout le monde, ça lui jouait des tours sur la moto. Même s’il lui arrive encore de s’énerver, il est capable aujourd’hui de prendre beaucoup de recul. » Des propos que confirme le double champion du monde Moto2. « Quand j’ai commencé à courir en Grands Prix, il fallait que je sois une guerrier vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Avec l’expérience, je me rends compte que je ne suis plus obligé d’être en guerre en permanence. La pratique de la boxe m’a beaucoup aidé dans ce domaine. Aujourd’hui, je suis capable de faire la différence entre les moments où je suis sur la moto et le reste. Je continue à vivre pour la moto mais cela ne m’empêche plus de profiter des bons moments quand je passe à autre chose. »
Champion du monde 2015
son patron
Pit Beirer
Depuis son arrivée en MotoGP, Johann Zarco n’avait qu’un rêve : courir au sein d’une équipe officielle pour avoir derrière lui le soutien indéfectible et absolu d’un constructeur. Ce soutien, c’est KTM qui a été le premier à le lui offrir. « Cela fait des années qu’on suit Johann, glisse Pit Beirer, le directeur de l’entité KTM Motorsports. Quand il courait en Moto2 et qu’il a été champion du monde avec le team Aki Ajo, nous étions partie prenante avec nos suspensions WP.
Ses débuts avec le team Tech 3 nous ont confirmés dans l’idée qu’il était celui qu’il nous fallait pour passer la vitesse supérieure avec notre programme MotoGP. Fin 2017, il était notre priorité absolue. Nous lui avons donc fait une offre, il l’a acceptée. »
Plus d’un an avant sa première course au guidon de la KTM RC16, Johann Zarco était donc déjà dans les starting-blocks pour rejoindre l’écurie autrichienne. Premier vainqueur de la Red Bull Rookies Cup à intégrer l’équipe officielle KTM MotoGP, le double champion du monde Moto2, Johann cherche la bonne formule pour exploiter au mieux les points forts de la RC16 tout en composant avec ses points faibles. « Pour l’instant, je me bats encore trop avec la moto, analyse-t-il. J’ai du mal à la faire tourner et à garder de la vitesse de passage en virage. Les ingénieurs savent ce qu’il faut améliorer, je leur fais confiance. » Quelques difficultés d’adaptation qui n’entament pourtant pas l’optimisme de Pit Beirer : Nous devons travailler pour faire évoluer notre machine, et Johann doit lui faire des efforts pour utiliser au maximum les points forts de la RC16 tout en s’accommodant de ses points faibles. L’an dernier, il décrochait des pole positions et se battait pour le podium avec une moto satellite. En tout-terrain, nous avons toujours réussi à développer des motos qui fonctionnent pour des grands gabarits comme des plus petits, pour des pilotes légers comme pour des lourds. Je ne vois pas pourquoi nous ne trouverions pas la recette pour faire aussi bien en MotoGP. »
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Gamin Johann adorait
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son ancien chef mEcano
Guy Coulon
Ses débuts en MotoGP ont marqué les esprits. Ceux du grand public et des observateurs les plus avertis. Comme Casey Stoner ou Marc Marquez avant lui, Johann Zarco n’aura pas mis longtemps à intégrer les exigences de la catégorie reine. En tête durant six tours de son premier Grand Prix MotoGP, au Qatar, le Français monte sur son premier podium dès le Grand Prix de France, devant ses supporters, sur le circuit du Mans. « On a tout de suite vu qu’il serait à l’aise avec notre Yamaha », raconte Guy Coulon, le chef mécanicien qui fut à ses côtés durant ses deux saisons au sein du team Tech 3. Dès ses premiers tours de roue avec la M1 sur le circuit de Valence, en novembre 2016, Johann talonne les cadors.
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Johann naime pas se battre et se fatiguer sur la moto
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« La puissance et la vitesse ne lui ont posé aucun problème, poursuit Coulon. Il en a vite pris la mesure. Il lui a fallu un peu plus temps pour appréhender le poids et le déplacement de la moto sur les phases de freinage afin d’enchaîner les chronos de faço régulière.
Mais les séances de tests hivernaux ont suffi pour le préparer à la première course. » De son côté, l’équipe de Bormes-les-Mimosas a vite cerné les besoins et les attentes du double champion du monde : « Notre bonne connaissance de la Yamaha nous a aidés à ce niveau, assure Coulon. On a rapidement compris sa façon de fonctionner. Comme Lorenzo, Johann est un pilote qui a un style très naturel, il n’aime pas se battre et se fatiguer sur la moto. C’est pour cela qu’il s’est trouvé chez lui sur la M1. Son style correspond à ce que la Yamaha demande. Rentrer vite pour garder de la vitesse à la sortie sans casser le virage. »
Six podiums, quatre pole positions, quatre records du tour et deux sixièmes places au classement du championnat MotoGP : Johann Zarco a réalisé deux belles saisons avec le team Tech 3. « En 2017, il a aussi été le pilote à avoir fait le plus de tours en tête après Marc Marquez », précise son ancien chef mécanicien. Meilleur pilote d’équipe indépendante à l'époque, le Français a laissé un excellent souvenir à la structure dirigée par Hervé Poncharal. « S’il avait un plus cru en lui, nous aurions même pu gagner au moins deux courses, estime Coulon. Valence en 2017, et l’Argentine en 2018. »
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Johann etait notre priorite absolue
Lucas Falzon
Illustrations : Lucas Falzon
Zarco
Le clan dU PILOTE FRANCAIS
raconte les cinq vies d’un HOMME que rien ne destinait à la moto
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Le red bull
Ring
Création : 1969
Réouverture en 2011
Lieu : Spielberg, Autriche
Longueur : 4,318 km
Nombre de virages : 10
Inscrit au calendrier du MotoGP depuis 2016
« Le virage 1 est un droite à 90° avec un gros freinage en montée. C’est l’un des meilleurs endroits pour doubler. On arrive à plus de 300 km/h pour passer au point de corde à moins de 100 km/h. La sortie est très importante car l’accélération conditionne la très longue ligne droite en descente qui suit. Il faut une moto bien réglée en électronique pour que la moto patine le moins possible quand on accélère et que la roue avant reste le plus possible près du sol. C’est une section qui procure de bonnes sensations. »
VIRAGE 1
« La longue ligne droite qui conduit du virage 1 au virage 3 se termine par une légère courbe à gauche, considérée au niveau des réglages comme le virage 2. On rentre dans cette courbe en descente en coupant les gaz, là-encore à plus de 300 km/h, pour attaquer une zone qui remonte avec une grosse compression, juste avant d’attraper les freins à 200 mètres d’une épingle à droite très serrée. Il faut bien se ralentir pour ne pas tirer droit, mais pas trop pour ne pas s’arrêter au point de corde. La différence est subtile, et c’est pour cela qu’il y a autant à perdre qu’à gagner sur ce freinage qui permet aussi de dépasser. Comme pour la sortie du virage 1, l’accélération est très importante entre le virage 3 et le virage 4. Là, on repart en première, et il est difficile d’avoir une bonne adhérence tout en gardant la roue avant au sol pour exploiter toute la puissance de la moto. Encore une section freinage/accélération qui offre de vraies sensations de vitesse. »
VIRAGES 2 et 3
« Le freinage du virage 4 est l’un des plus délicats du Red Bull Ring. On freine en cinquième à 295 km/h pour passer en deuxième à 78 km/h. La difficulté, c’est que ce freinage est en descente. Avec le poids de la moto qui pousse sur les freins, on peut vite rentrer trop large et se retrouver mal placé pour le long virage à droite qui suit. C’est pour cela qu’on double peu sur les freins à l’entrée du virage 4. En Moto2, j’avais une très bonne vitesse de passage dans le virage 5 qui suit. On accélère en redressant la moto petit à petit avant de plonger à la corde du virage 6. »
VIRAGE 4
« Ce virage 6, je l’adore. On peut y rentrer très fort. On a même souvent la sensation d’être trop rapide car il ne faut presque pas freiner avant de jeter la moto dans ce gauche. Ensuite, tu tires le moteur au rupteur avant de rentrer dans le virage 7. C’est une courbe où tu peux aller de plus en plus vite au fil des tours. Il faut avoir du cœur et de l’instinct. Ce qui aide aussi, c’est que la piste est légèrement relevée à cet endroit. Et comme le revêtement a un bon grip, on peut vraiment passer très fort. »
VIRAGE 6
« A la sortie du virage 7, il y a changement d’angle assez brutal pour rentrer dans le virage 8 qui n’est pas facile à gérer car la moto a tendance à patiner.
On tire les rapports jusqu’en cinquième pour arriver sur le freinage du virage 9 à près de 280 km/h. C’est une zone délicate car on rentre dans ce virage en aveugle et il faut vraiment prendre un bon repère pour être constant d’un tour sur l’autre. Ne pas rentrer trop fort pour ressortir correctement, voilà la recette pour négocier au mieux ce virage 9 avant de se jeter dans le virage 10 qui commande la ligne droite des stands… Avec l’entrée en descente, on a le cœur qui se soulève. Quand tu as un bon feeling avec le train avant de la moto, c’est assez jouissif. »
VIRAGE 7
La ktm
rc16
Le monde de Zarco
Zarco prépare le GP de France 2018
Zarco ride sa moto d’ENTRAINEMENT
LE TEAM Red Bull KTM FactorY
AU QATAR
JOURNEE DE TEST A VALENCE
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Zarco en
Chiffres
16 juillet 1990
208 departs en GP
86 en MotoGP
2 titreS
de champion du monde Moto2
16 victoires
0 en MotoGP
45 podiums
6 en MotoGP
17 pole positions
6 en MotoGP
50km/h
100km/h
200km/h
250km/h
300km/h
Le clan dU PILOTE FRANCAIS
raconte les cinq vies d’un HOMME que rien ne destinait à la moto
Pit Beirer
VU PAR JOHANN ZARCO
La ktm
Chassis
tubulaire
AILERONS
FOURCHE WP
Moteur V4
Puissance
de 260 chevaux
Jantes
Marchesini
CYLINDREE
1000CM2
Vitesse max
340 km h
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TES de
FOURCHE
1 titre
de champion du
monde Moto2
15 victoires
0 en MotoGP
45 podiums
1 en MotoGP
17 pole
positions
0 en MotoGP
16 juillet 1990
208 departs en GP
86 en MotoGP
